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Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Publié le par Mimi

LES GOMMIERS

 

Le gommier est un outil de travail pour les pêcheurs, un moyen de transport pour les personnes et les marchandises mais aussi un auxiliaire de loisirs bien passionnant : régates et compétitions officielles.

~- photo Mimi - Anse Figuier -

~- photo Mimi - Anse Figuier -

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Le gommier est une embarcation qui doit son nom à l'arbre servant à son élaboration

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

A de rares exceptions les canots gommiers ont toujours été importés de la Dominique. Il y a quelques temps, un bateau les transportait et les déchargeait au bord de mer du côté de la Douane. Les pêcheurs venaient acheter leur coque, un tronc d' arbre grossièrement évidé, les charpentiers façonnaient alors le bateau.

La coque était installée dans le sable en plein soleil, on la maintenait ouverte à l' aide de petites barres.

Lorsque l' on arrivait à un certain écartement des bords, on allumait un feu de part et

d' autre de la coque, la chaleur faisant se dilater le bois, les barres de tension étaient remplacées au fur et à mesure jusqu'au obtention de l' écartement voulu.

- roi grabat -

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Les charpentiers fabriquaient ensuite les bordages et membres puis les courbes, les taquets (croisés et simples), le liston, le plat-bord, le " ROI GABAT " (morceau de bois placé à l' avant pour tenir le cordage et enfin la hausse arrière.

- hausse arrière -

(ces deux photos sont de H. MARONI)

Ces termes pouvant varier d' une commune à l' autre. Il reste encore à le peindre et le baptiser !

A l' heure actuelle les marins pêcheurs martiniquais prennent une licence à la Préfecture et vont acheter leur gommier " prêt à naviguer " directement en Dominique (île voisine, au Nord de la Martinique), le prix d' un gommier fini se situe dans une fourchette de 1500 euros à 2300 euros.

Un gommier bien entretenu et sortant régulièrement en mer peut durer toute une vie. Sans entretien et " vie " maritime, il tombe rapidement en décrépitude. Il est devenu très difficile de trouver des professionnels de la restauration des gommiers.

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 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Le gommier : l' arbre

Le nom scientifique du gommier est le DACRYODES HEXANDRA

(on l' appelle aussi arbre à encens) ~ Il existe 2 variétés , le blanc qui a une écorce blanchâtre, lisse et brillante et le rouge qui lui a une écorce rougeâtre, légèrement gercée tailladée et ridée, seules ces écorces les différencient.

Son tronc est droit, il peut-être de très haute taille et de très gros diamètre. Le bois du gommier est un bois lié, il ne fend pas. Il sécrète une résine, à l' odeur d' encens, qui le protège de l' eau de mer. Son coeur est roulé et sans consistance.

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Dossier : Abattage et façonnage des gommiers :

" Celui qui peut avoir un bateau doit être capitaine ou ancien du village et avoir quantité d'enfants. Lorsqu'il a décidé d' avoir un canot, il fait faire un caouynage, au cours duquel il annonce à toute l' assemblée son intention. De quoi chacun se montrant aise et content de l' aider, ils boivent là-dessus tant qu' ils peuvent. Le caouynage achevé, l' entrepreneur estimant que le temps n' est aucunement cher, se repose sur sa délibération environ quinze jours ou trois semaines voire souvent deux ou trois mois au bout desquels il s' en va tout seul à la montagne pour y remarquer un arbre à son dessein... II se repose encore quelque temps. Et puis s' en va par tout le village et bien souvent en quelques autres, pour prier tous les hommes et garçons de l' aider à couper l' arbre pour faire sa pirogue, chose qui est incontinent accordée, et à ces fins ceux qui ont des haches les aiguisent..."

Cette observation date de trois siècles. Notre collaborateur flibustier insiste encore lourdement sur les nombreuses libations qui accompagnent l' abattage du gommier, ce que n' ont pas noté ultérieurement nos autres reporters, plus attachés sans doute aux aspects purement techniques. Pourtant, il est vrai que nous avons nous-mêmes eu très chaud en cet été de 1988 au cœur de la forêt tropicale. II y avait fort heureusement un estaminet accueillant sur le chemin du retour!

A quelques détails près, nous avons constaté le même déroulement pour la suite de l'opération.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Si le gommier est éloigné du village, ce qui est le plus souvent le cas, l' artisan construit un petit carbet de branchages pour s' abriter de la pluie, lui et ses outils.

L'abattage a lieu traditionnellement à l' époque de la nouvelle lune. On prétend qu'un bois coupé en dehors de cette période pourrit rapidement ou est très facilement attaqué par les insectes foreurs et les tarets. L' espace où doit tomber l' arbre est soigneusement débarrassé de toute autre végétation qui pourrait entraver le travail des hommes.

Autre précaution préalable à l' abattage, on ébranche et même on étête l'arbre pour éviter qu' au moment de la chute, les grosses branches ne fassent éclater la tige. Ainsi la trajectoire de la chute est mieux maîtrisée ce qui évite aussi de mettre en péril la vie des hommes occupés à l' ouvrage.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

L' écorce de l' arbre est entaillée à la base en anneau, ce qui tue l'arbre. Après ces précautions minutieuses, le tronc est abattu à la hache - de pierre à l'origine - et en brûlant le bois. Les artisans limitent le travail du feu par l' application de rouleaux de mousse humidifiée. Aujourd'hui la tronçonneuse a remplacé la hache, c' est moins poétique mais plus efficace et plus rapide.

De bonnes et fortes cordes goudronnées attachées aux branches tronquées, tenues par plusieurs hommes robustes et adroitement filées à mesure que l' arbre décrit un arc de cercle dans sa chute, servent à ralentir le coup, à diriger la descente et à préserver également les coupeurs de bois.

"Une fois qu' il est à terre et coupé par les deux bouts à la longueur déterminée, on dépouille le bois de son écorce, on enlève les grosseurs, on arrondit la pièce le mieux qu' il est possible et, de peur qu' elle ne se fende par le soleil et autrement, on la lie fortement avec de grosses lianes qui l' embrassent, la pressent et la serrent étroitement.

Si l' arbre offre une face naturellement plus plate que l' autre, on doit la saisir pour y pratiquer l' ouverture. Autrement il faut de nécessité aplatir avec la tille le côté que l' on a dessein d' ouvrir.

Pour conserver au bois sa fraîcheur, sa bonté, le préserver de la corruption que la terre engendre, empêcher que la trop grande ardeur des rayons du soleil ne lui nuise, le travailler, le creuser, le façonner, le polir avec plus d' ordre, de perfection et d' aisance", on a coutume de suivre un certain processus:

On établit à la hauteur de cinq à six pouces de terre, un chantier composé de trois ou quatre poutres ou soliveaux échancrés en cintre par le milieu pour y recevoir le corps de l'arbre.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

On met à chaque extrémité et de distance en distance, le long des côtés, des piquets croisés et profondément fichés en terre qui le tiennent immobile.

- On tire avec la règle et un cordeau frotté de blanc d' Espagne les lignes qui servent à guider dans la fouille du canot. On creuse avec précaution, en hachant d' abord une partie de la face aplatie et en la tillant ensuite à petits coups très légers. Lorsque cette opération est encore peu avancée et qu' il est à craindre que les côtés sans force sans appui, abandonnés à eux-mêmes ne prennent un mauvais pli, ne se gercent, ne se fendent, ou ne se tordent, on fait à force de bras et de coups de masse entrer en dedans de gros rondins qui servent à ouvrir encore plus le canot et tenant ses bords écartés, empêchent qu' ils se resserrent, se rapprochent et se défigurent.

- on doit conserver au fond plus d'épaisseur qu' aux côtés. Cette partie est communément aplatie en dedans. Elle s' arrondit, en diminuant vers la tonture qui règne à droite et à gauche dans toute la longueur du canot. C' est ce qu'on nomme la semelle. Elle est taillée en dehors en forme de quille de vaisseau. La stabilité de la pirogue dépend beaucoup de la justesse de ses proportions. Une semelle trop épaisse fait trop caler la pirogue. Une trop amincie la rend volage et sujette à chavirer.

- On donne trois coups de tarière dans le fond de la pirogue, l' un en avant, le second dans le milieu et le troisième en derrière pour savoir si la semelle est dans ses proportions. Elle doit toujours être plus épaisse dans les extrémi­tés qui aboutissent à la proue et à la poupe.

- On tourne ensuite le canot et on le travaille en-dessous, en le dolant et le polissant le mieux qu' il est possible. L' avant doit être rétréci en pointe avancée. L' arrière doit être plus élevé et obliquement coupé de manière à y placer commodément les conasses ou pentures dans lesquelles entrent les gonds attachés au gouvernail.

Tant que l' on est occupé au travail du canot, on doit le tenir à l' ombre pour le garantir des inconvénients qui résultent de l' ardeur du soleil. Aussitôt qu' il est fini, on ne doit pas tarder à le mettre en mer.

Ouverture par le feu

Si l' artisan se contente de creuser le tronc du gommier, il obtient un canot de sept mètres de longueur dont l' ouverture ne dépasse pas cinquante centimètres de largeur.

Aussi, depuis toujours, les Caraïbes ont-ils ouvert ce tronc pour obtenir un canot plus large, plus utile, plus confortable et plus marin. Au cours des siècles, deux techniques ont prévalu pour réussir cet élargissement de l' ouverture. La plus ancienne - encore pratiquée il y a quelques dizaines d'années - consiste à remplir le tronc creusé de galets ou de sable ramassés sur la plage voisine, le tout généreusement humidifié à l' eau de mer. Sous l' action du poids considérable des matériaux, les bords commencent à s' ouvrir. L' artisan surveille jour après jour l' évolution, rajoutant autant d' eau qu' il lui paraît nécessaire. Outre le poids, la chaleur du soleil favorise le gauchissement des flancs. Selon cette méthode, une trentaine de jours sont nécessaires pour obtenir l' élargissement souhaité.

Une technique plus rapide, usitée exclusivement aujourd'hui par les charpentiers de SainteLucie, consiste à remplir le bois creusé uniquement d' eau. Après quelques jours de trempage, on allume des petits feux de branchages, feuilles de bananiers séchées et sciure tout autour du gommier. La chaleur, là encore et très rapidement, écarte les flancs du canot. Il ne faut pas plus d'une journée avec cette technique. Dans l' un et l' autre cas l'artisan accentue et dirige l' élargissement en introduisant de force des rondins de bois entre les deux flancs, perpendiculairement à ceux-ci.

L' élargissement permet d' obtenir une ouverture presque double de celle d' origine.

Mais quelle que soit la solution, la connaissance parfaite du bois, le contrôle de l'échauffement, la force de pénétration des rondins sont autant d' éléments que l' artisan doit bien maîtriser. Ce qui n' évite pas toujours qu' un bois creusé éclate. Dans ce cas, ce gommier ne deviendra jamais un canot. L' artisan doit reprendre l' opération à son point de départ, depuis la recherche du gommier au cœur de la forêt.

-Il n' est pas certain qu' il ait encore le goût de refaire un joyeux caouynage !

Du bois-creux au canot

Mais l' ouverture est en général réussie. Commence alors le travail de finition. Il n' est pas obligatoirement l' œuvre de ceux qui ont entrepris l' abattage et la préparation proprement dite du tronc. Ainsi, actuellement, les gommiers abattus et creusés à Sainte-Lucie sont terminés en Martinique lorsqu' ils sont destinés à un Martiniquais

Le bois-creux - ainsi est appelé le gommier une fois évidé - forme le fond de la pirogue. Il peut atteindre de 7 à 9 mètres hors-tout lorsqu' il provient de très grands gommiers. Mais le plus souvent le bois-creux mesure entre 5,5 et 7,2 m.

La largeur du bois-creux au maître-bau après élargissement est de 0,90 m et sa profondeur de 0,40 m. En son milieu les flancs ont été abaissés du fait de l' évasement.

L' une des extrémités du bois-creux forme la partie inférieure de l' étrave. Elle est haute, très comprimée et se termine par un long éperon tranchant projeté en avant. Cet éperon - la pince en créole - a un profil triangulaire à La Dominique et rectangulaire à Sainte-Lucie.

L' autre extrémité, la poupe, est également très amincie et sa section est tranchante.

Les flancs sont dôlés et polis. Il n' y a pas de discontinuité brutale entre eux et la semelle.

Les formes sont souvent très harmonieuses. La section du gommier qui dessine un triangle à angle inférieur très vif au niveau de la poupe est souvent semi-circulaire au maître-bau. La quille est alors presque nulle, marquée seulement par une nervure légère doublée d' une latte.

A l' intérieur du bois-creux, cinq ou six courbes sont fixées pour maintenir la forme du gommier en conservant les flancs à leur place. Ces courbes sont faites de ces fourches de poirier dont on a dit avec quel soin elles avaient été choisies et conservées par le charpentier. Extérieurement au bois-creux, on fixe de chaque côté une unique virure large, montée à clin. Cette virure, plus large au centre du fait du gauchissement des bords, est parfois en gommier, souvent en un autre bois, l' acajou rouge notamment.

Le noeud - agada ou ouaga-ba - sur lequel viennent se fixer les virures à l' avant est façonné le plus souvent dans un morceau de cèdre blanc. A la poupe, les virures s' assemblent contre un tableau étroit. La charpente transversale se compose en plus des courbes, de taquets accolés à ces courbes qui en doublent l' effet et dépassent vers le haut pour rejoindre la lisse. Les taquets sont destinés à maintenir les virures rapportées.

Des bancs - on dit des totes du caraïbe tata ka, soutenir, supporter - complètent la charpente transversale. Ils sont au nombre de cinq dans une pirogue de 7,20 m. Amovibles ils ne participent pas à la consolidation de l'ensemble.

Fixés à l' intérieur des virures, les tolets sont de petites pièces de bois qui, entre deux taquets, renforcent la structure du canot. Deux cabillots de bois dur sont engagés dans la toletière.

Peinture et baptême feront la touche finale avant la mise à l' eau...

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DOSSIERS

La fabrication des gommiers des Indiens Caraïbes à nos jours :

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

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Le gommier à travers les âges :

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

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Les gommiers et l' histoire de France : gommiers, de la liberté, de la dissidence :

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Antilles françaises étaient naturellement sous l'autorité du pouvoir de Vichy. Martiniquais et Guadeloupéens ne devaient pas quitter leurs îles. Nombreux cependant furent ceux qui réussirent à rejoindre la France libre en usant de divers stratagèmes. Leurs gommiers constituèrent souvent le véhicule de cette évasion. Il est vrai que les deux grandes îles voisines, La Dominique et Sainte-Lucie, étaient alors britanniques. Le gommier, embarcation légère et rapide, permettait un départ discret, condition première de la réussite.

Mais tous les candidats au départ ne possédaient pas un gommier. Aussi les "emprunts" furent-ils nombreux et parfois rocambolesques. Un patron pêcheur, pour préserver son canot, avait décidé de le surveiller en permanence. Il ne s' en éloignait jamais, ne le quittant pas des yeux, restant toutes les nuits moment le plus favorable à l' évasion - auprès de son gommier. Il avait même pris l' habitude de se coucher sous son canot lequel était retourné sur deux rondins au bord de la plage. Mais une nuit, se réveillant, il put admirer le ciel magnifiquement étoilé. Son admiration pour le firmament fut sans doute de très courte durée. Car il réalisa très vite sa fâcheuse situation : s' il voyait si bien le ciel, c' est que son gommier n' était plus au dessus de lui. Profitant de son profond sommeil, deux ou trois solides gaillards avaient soulevé le gommier et s' en étaient allés à son bord vers la liberté.

A la Guadeloupe, ce sont trois matelots qui s' étaient alliés pour "emprunter" le gommier de leur patron-pêcheur. A l' heure convenue, la nuit tombée, un seul matelot est au rendez-vous. Las d' attendre et craignant surtout de ne pouvoir mener à bien sa fuite, il décide de partir seul. Lorsque les deux autres complices arrivent un moment plus tard, ils ne peuvent que constater avoir manqué leur départ. Après s' être concertés ils se rendent chez leur maître, le réveillent et lui apprennent, scandalisés, le "vol" du gommier par leur camarade.

Le patron-pêcheur, qui possède un autre gommier, propose sur le champ, à ses deux matelots fidèles de l' aider à pourchasser le "voleur". Ils acceptent fort aise. Voilà donc l' équipage qui, à l' aviron, prend la direction de l' île britannique. Le fuyard est déjà loin et son avance est telle que les efforts de ses poursuivants restent vains. Le patron et les deux matelots arrivent néanmoins à bon port sous les yeux amusés de celui qui les a précédés et les observe de la rive. Le patron en colère veut s' emparer de son "voleur" et le faire châtier. Mais très rapidement il s' aperçoit que ses plaintes et indignations n' ont aucun effet. A Juste titre, le matelot se sait désormais sous la protection des Anglais. Pour eux son acte est celui d' un héros et non d' un pirate. C' est alors que les deux autres matelots - ceux qui sont arrivés avec le patron - révèlent goguenards qu' ils n' ont jamais eu l' intention de rattraper leur ami. Ils ne le disent pas mais ils font nettement comprendre qu' en cas de danger pour celui-là ils auraient souqué moins fort sur les avirons. Ils précisent, visiblement contents d' eux, qu'ils ont improvisé cette supercherie pour gagner eux aussi cette liberté qu' ils souhaitaient tant. La réussite est totale, puisque dans leur cas ils ne peuvent même pas être accusés - en territoire français - de vol d' un gommier !

L' histoire ne dit pas si les deux matelots remercièrent leur complice involontaire et dupé, ni ce que fit celui-ci. Peut-être retourna-t-il à la Guadeloupe avec ses deux gommiers ce que n'auraient sans doute pas empêché les trois hommes. Après tout, ces gommiers pouvaient encore être utiles à d' autres candidats à l' évasion!

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

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le gommier : de la pagaie au moteur

La pagaie a été le premier moyen de propulsion des pirogues caraïbes. Certains écrivent pagalle et prononcent le plus souvent pagaille. Les hommes qui tiennent la pagaie "nagent" souvent la tête tournée vers l' avant. La pagaie est une rame très courte aplatie à une extrémité: la pelle. Les hommes assis à tribord empoignent le manche de la pagaie à environ un pied au-dessus de la pelle avec la main droite et mettent la paume de la main gauche sur le bout du manche. Ceux qui sont à bâbord ont la main gauche au-dessus de la pelle et la droite sur le manche.

Les pagalleurs ploient le corps en avant en plongeant la pagalle dans l' eau et la tirent en arrière en se redressant de manière à pousser violemment l' eau derrière eux. C' est ce que l'on appelle "nager". Ils font ainsi avancer le canot à grande vitesse.

Pourvu qu' un canot ait trois pieds de large, deux hommes peuvent s' asseoir sur le même banc et nager, ce qu' ils ne pourraient pas faire s' ils avaient des avirons. Plus fatigante que l'aviron car elle n' a pas de point d' appui, la pagaie permet d' embarquer plus d' hommes, elle permet aussi d' aller plus vite et ceux qui sont dans un canot mû avec des pagaies ne sentent pas ce mouvement importun par sauts et élancements qu 'on s sent quand il y a des avirons. Surtout on n' est pas étourdi par le bruit que le frottement des avirons fait nécessairement sur le abordage du bâtiment!

Cette rapidité d' évolution, en même temps que le silence du gommier propulsé à la pagaie ou à la voile, constitue bien entendu des conditions favorables à la pêche à la traîne et plus encore à la senne (filet).

Malgré ces avantages prônés par certains, les avirons remplacèrent souvent les pagaies chez les Indiens Caraïbes.

Ces avirons sont assez courts. Ils reposent sur le bordage entre deux chevilles introduites entre les taquets. Le rameur est assis sur la tote du côté opposé à la pelle de nage. Il tient le manche ferme par son bout arrondi et implique un mouvement qui coupe la lame en sens oblique, la fait bouillonner, en pousse une partie en avant, la meut enfin avec un certain élan du corps qui ajoute beaucoup à la force motrice de la main.

Un gommier a, en principe, trois postes de nage, le barreur, à l' arrière, aidant le mouvement avec sa pagaie.

Pour que la nage soit silencieuse lorsque le pêcheur chasse les mulets ou les balaous au filet maillant, il garnit de paille le creux du bordage où l' aviron a son point d' appui.

Une perche est parfois employée au-dessus des hauts fonds de vase ou de corail, comme dans certains passages de la baie de Fort-de-France.

Inconnue à l' origine par les Indiens Arawaks, la voile devint rapidement au moins un complément régulier de propulsion tant pour reposer les pagalleurs que pour profiter de vents favorables.

Le mât unique est amovible.

Il est fait de bambou ou de bois côte Apura guiannensis ou de bois violon Guatteria. Il mesure de 3,40 m à 3,80 m de longueur. Une boucle de cordage dite est'ope (estrope) est fixée au-dessus du banc d' emplanture ; elle sert d' appui à la vergue, c'est-à-dire au tangon ou livarde qui tend la voile en diagonale. Cet espar mesure 3,60 à 3,70 m de longueur. Il est fait en bois suffisamment élastique pour résister aux efforts qui lui sont demandés; il s' engage dans un oeil de la ralingue, au point de pique appelé panture de grand voile.

Sur les gommiers comme sur les autres bateaux, la voile est utilisée aujourd'hui dans le cadre des loisirs et des compétitions. Elles sont taillées dans les tissus les plus modernes tout en conservant leurs caractéristiques d' antan sur le plan de la forme. Mais il n' y a pas si longtemps, la voile était encore un réel moyen de propulsion pour les gommiers dans leurs utilisations les plus professionnelles.

Ces voiles n' étaient pas taillées dans la toile à voile ordinaire, trop lourde pour les frêles gommiers et trop chère pour la bourse des pêcheurs. Elles étaient confectionnées à partir de toiles ordinaires voire de récupération. Ainsi les sacs de farine importés étaient-ils déployés et ces laizes improvisées cousues entre elles pour être transformées en voiles. Ainsi pouvait-on voir les marques de farine d' Australie, de France ou du Canada sur les pirogues martiniquaises ou luciennes.

Ancienne ou moderne, quelle que soit la nature de son textile, la voile du gommier est rectangulaire. Une ralingue la borde sur les quatre côtés. A la Martinique, la plupart des voiles sont fixées à demeure sur le mât par la ralingue d' envergure. Les deux points d' amure sont fixes et les bagues, faites avec des lianes ou de la ligne, enverguent la voile au mât. Il y a de sept à neuf bagues.

Une écoute est fixée à la patte du point d' écoute, elle est tenue par le barreur. Une manœuvre appelée balancine, frappée en tête de vergue, est utilisée pour serrer la livarde.

Les gommiers de La Dominique ou de Sainte-Lucie ont souvent deux voiles à livarde. La première est fixée à un mât court qui s' implante dans la seconde tote sous laquelle se trouve le sabot. Elle mesure environ 1,80 sur 1,20 m et prend le nom de misaine. Elle est manœuvrée grâce à une écoute et une balancine. La seconde fixée sur un mât implanté dans la quatrième tote est beaucoup plus grande; elle mesure de 2,10 à 3 m et reçoit le nom de grand voile.

Fait-il calme lorsqu' ils sont à la voile que les pêcheurs martiniquais sifflent du côté qu' ils souhaitent que le vent vienne favorable et cherchent ainsi, disent-ils, à l' attirer plus promptement vers eux.

Les gommiers peuvent être lestés avec des galets ramassés sur la grève. Mais le plus souvent lorsque le vent forcit, c' est un homme de l' équipage qui fait contrepoids accroché à un espar - on dit aujourd'hui tout simplement un bois - engagé au fond de la pirogue.

L' équipement du gommier comprend encore un coui - demi callebasse - qui a de multiples usages. Il permet notamment de vider l' eau qui envahit le canot ou bien d' arroser les voiles pour les rendre moins perméables à l' air. En pêche, le coui sert aussi à distribuer l' appât.

Un ou deux boutous, massues de bois lourd, servent à assommer les gros poissons (thons, requins, coryphènes) ou ceux dont on craint la mâchoire: thazards, murènes...

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Le gommier un fin pêcheur :

Jusqu' au début des années cinquante, donc tout récemment, le gommier était quasiment la seule embarcation de pêche, aux Antilles françaises du moins.

Que ce soit pour la pêche à la ligne, à la traîne, à l' épervier ou pour aller poser une nasse à quelque distance du rivage, le gommier était en quelque sorte le compagnon du pêcheur martiniquais.

{ photo de Dominique Lelièvre - Anse Dufour }

En 1945 Sainte-Lucie avait officiellement 568 gommiers armés à la pêche. La Dominique en comptait, à la même date plus d' un millier. "Et ce sont des gommiers qui servent dans la rade foraine du Roseau au débarquement des voyageurs et des marchandises. "

En 1956, on recense à la Martinique plus d' un millier de gommiers armés à la pêche, auxquels il faut ajouter les quelques deux cents clandestins. Ce sont des bateaux qui ont entre 5,50 et 7,20 m de longueur.

Sur la côte caraïbe, bon nombre de pêcheurs utilisent encore aujourd'hui des gommiers. Parmi eux, Maurice Martial est, sans conteste, l' un des plus célèbres, l' un de ceux qui ont le plus agi pour un développement harmonieux de la pêche martiniquaise.

Tout au nord de la côte sous le vent, seul ou presque dans son anse Belleville qu'abritent joliment quelques cocotiers, Maurice Martial continue à préparer avec savoir et minutie ses nappes de trémail. Comme il continue à enseigner aux plus jeunes de ses compagnons l' art de lester correctement et de placer les flotteurs à bonne distance les uns des autres.

Lui qui fut souvent à la pointe des évolutions techniques et sociales, possède toujours un gommier. Son dernier, il l' a fait construire, voilà six ans, à La Dominique. Le bois-creux et les virures sont en gommier. Il ne sait plus dire combien il a eu de canots, d' autant qu 'à une époque il en possédait un grand nombre pour mener à bien les grandes pêches à la senne.

En 1954, pour 25 000 F martiniquais de l' époque, il acquiert un moteur hors-bord de 5 cv ! Toujours réaliste, Maurice Martial considère que les gommiers sont désormais dépassés pour la pêche. La motorisation les condamne définitivement. Les yoles en matière plastique permettent d'aller plus vite et plus loin en plus grande sécurité. "Il est certain que pour pêcher à la senne, souligne-Hl, le gommier mené aux avirons se manie mieux."

Évoquant les temps pas si lointains, Maurice Martial se rappelle qu' il fallait être un fin équilibriste pour naviguer à la voile avec un gommier, surtout lorsqu' il avait lancé un défi de course à d' autres pêcheurs. Non loin de l' anse Belleville, un peu plus au sud, "Le Roi des Finances" reste l' un des bons canots saint-pierrais pour la pêche à la senne et au filet. Il a été acheté d' occasion par son actuel propriétaire en 1954 ! Il avait déjà une dizaine d' années de navigation!

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Toujours réputé pour les pêches dites douces, le gommier est encore utilisé par certains pour aller pêcher "à Miquelon". Tel celui que nous avons rencontré à plus de trente milles au sud de la pointe d' Enfer. Avec son moteur hors-bord de 45 cv, il fendait les lames ramenant rapidement ses trois pêcheurs sur l' épave à coryphènes.

Néanmoins, et tout le monde en est d' accord, le gommier n' est pas une embarcation d' une très grande sécurité. Son avantage est de ne pas couler mais il peut facilement faire passer ses occupants par dessus bord. A la Guadeloupe, les gommiers sont interdits depuis une vingtaine d' années. Un administrateur des Affaires Maritimes en décida ainsi, devant le trop grand nombre d' accidents qu' ils provoquaient. Il est vrai aussi que se développait à cette époque la construction et l' usage du canot saintois. A la Martinique, comme dans les autres îles, les gommiers sont tirés à terre lorsqu' ils ne sont pas utilisés. Les" canots de senne" seuls sont mouillés, leur présence à la mer signifiant que le tour de senne du propriétaire est retenu.

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les gommiers et la course :

un gommier de course :

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)
 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Nom, sigle, logo des magasins et d' entreprises en caractères énormes, les voiles bariolées des gommiers déchirent l' azur du ciel et de la mer. Elles faseyent, se rapprochent, s' entremêlent, s' écartent, se gonflent, s' alignent enfin et piquent vers le large.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

La course des gommiers vient de partir. La conque de lambi résonne encore. Ils sont plus de vingt canots dont les équipages s' agitent dans une débauche de gestes et un brouhaha de commandements, d' altercations et de vociférations.

Sur la plage, autant que sur l' eau, la même animation règne. On hurle conseils et encouragements que personne n' entend. Un début de colère cède la place à un éclat de rire. La fête antillaise bat tout de suite son plein.

Comme les courses cyclistes flamandes ou picardes, les courses de vachettes landaises... les courses de gommiers sont le clou de bien des fêtes dominicales des cités marines de la Martinique.

De tous temps les pêcheurs caraïbes revenant de tendre leurs lignes ou de poser leurs nasses, ont lancé des défis à d' autres pêcheurs provoquant des courses impromptues. Du simple défi, les Antillais toujours friands de fêtes sont passés au jeu organisé, à la compétition plus ou moins préparée. Depuis quand ? Nous ne saurions le préciser.

Et puis, d' autres canots récemment apparus tant pour le travail que pour les loisirs, les courses de gommiers réunirent moins d' équipages. Dans ce domaine aussi, le gommier semblait voué à la même inéluctable et mortelle concurrence que dans ses Utilisations professionnelles.

S' il était raisonnable d' admettre le remplacement du gommier comme bateau de transport ou de pêche, n' y avait-il pas un abandon coupable à le laisser disparaître ainsi du cadre de la plaisance. Il n' était pas question là, d' invoquer la notion de rentabilité alors qu' il était facile de mettre en avant un argument essentiel, celui de la conservation d' un patrimoine. Amoureux de la mer, Emile Ampigny, directeur d' école et premier adjoint au maire du Diamant, eut l' idée judicieuse de créer une association, qui, en même temps qu' elle structurerait les compétitions, assurerait la pérennité des gommiers.

Rapidement, une équipe se constitua qui, dans un premier temps, redonna vigueur aux courses du dimanche. Voilà une dizaine d' années elles ne réunissaient guère plus de cinq à six gommiers, aujourd'hui ce nombre a quadruplé et des projets nouveaux fleurissent un peu partout.

Debout à l' avant d' un rapide canot d' assistance, Gaëtan Petito, l' actuel président de l'association, dirige la course. Son sourire chaleureux s' accompagne d' un regard vif auquel rien n' échappe. Compétition et divertissement ne font qu' un à condition que les règles soient respectées. Et Gaëtan Petito, toujours aimable veille à ce qu' elles le soient. A terre, le parcours a été présenté et expliqué à tous les patrons de gommiers. Sur un tableau, ils ont pu suivre le tracé et repérer les bouées. A eux, maintenant qu' ils sont sur l' eau, de retrouver tous les amers, d' aborder et de virer ces bouées du bon côté dans la stricte observance des règles de navigation qui s' appliquent aux gommiers comme à tous les voiliers disputant une course. Le directeur de la course des gommiers est là avec plusieurs commissaires embarqués comme lui

sur des canots accompagnateurs ou d' assistance, pour veiller au déroulement correct de l'épreuve.

Bien entendu, entre la théorie d' un parcours tracé sur plan, qui a déjà suscité bien des commentaires voire des contestations, et l' application en mer il y a un pas...

Maintenant, c' est la fête, la compétition, la revanche d' une course précédente, un défi tel que depuis toujours les Antillais aiment à s' en lancer.

Depuis le départ de la plage jusqu'au rivage de la première bouée tout se passe à peu prés bien.

Après quelques difficultés de réglage, les voiles se sont gonflées et les huit équipiers ont trouvé leur place chacun sur son bois. Ces bois, appelés aussi tangons ou espars, aident à donner au canot son équilibre.

Coincé contre un bord du gommier, reposant sur l' autre bord perpendiculairement, le bois déborde le canot d' environ deux mètres. En s' appuyant sur ce bois, soit prés de la coque, soit en faisant contrepoids à son extrémité, les hommes agissent sur l' équilibre du bateau et sa ligne de flottaison, rôle ordinairement dévolu à la quille chez les autres voiliers. Mais le bois est mobile, les hommes aussi et ils sont huit qui doivent harmoniser leurs mouvements pour obtenir le réglage idéal. Tout cela complique singulièrement la situation. Qu' une risée arrive - ce que doit apercevoir et signaler au barreur le premier bois qui est placé à l' avant du gommier qu 'un autre canot s' approche et vous dévente et tout l' équilibre si difficilement obtenu est à retrouver. Le réglage est à reprendre, les hommes doivent modifier leur position avec coordination et mesure sous les ordres du barreur qui tient, outre sa barre, l' écoute de grand voile.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

"Un bateau bien réglé se tient avec le petit doigt" s' accordent à reconnaître les plus fins navigateurs, mais ils ajoutent toujours aussitôt qu' un rien peut venir contrarier le meilleur réglage et qu' à tout instant la vigilance et la décision promptement exécutée sont les meilleurs atouts de la réussite. Une réussite qui repose d' abord sur l' homogénéité et la discipline de tout l' équipage qui doit globalement et individuellement sentir le bateau se mouvoir d' un seul corps au gré de sa progression, du vent, de la houle et de tout élément.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Et voici la première bouée. Il faut, bien entendu, la contourner puis virer immédiatement pour venir sur tribord à 1200 afin de se diriger vers la deuxième, distante d' environ trois milles. Trois gommiers sont sur la même ligne. Trois gommiers bien menés dont les hommes paraissent pétrifiés sur leurs bois. La vitesse est maximum grâce à un réglage parfait et un équilibre impeccable. Les trois patrons, la main gauche sur la barre, la droite tenant l' écoute, paraissent indifférents les uns aux autres. En fait, ils ne cessent de s' épier, d' apprécier la meilleure route à suivre pour atteindre la bouée en position prioritaire. Timothée, au centre, joue des prunelles à s' en déraciner le nerf optique mais refuse de tourner la tête. C' est lui qui tient la meilleure ligne. Il le sait et laisse à ses adversaires le risque de modifier leur route, donc de prendre un peu de retard.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Au départ, il y a quelques minutes, on entendait sur tous les gommiers des appels, des cris même, maintenant c' est le silence quasi absolu, comme si chacun retenait son souffle pour ne pas contrarier les vents. Les trois premiers sont passés comme à la parade.

Pour les suivants, la manœuvre se complique. Deux bateaux se présentent en même temps pour virer. Les deux patrons et les deux équipages qui, depuis plusieurs minutes déjà s'observaient en silence, s' estiment respectivement en position et en droit d' accomplir leur virage sans se soucier de l' embarcation concurrente. Un matelot s' est-il déplacé trop précipitamment sur son bois ? Toujours est-il que le canot placé à tribord a décrit un balancement au cours duquel sa vergue est venue heurter le canot voisin, accrochant un premier bois, puis... la suite s'est déroulée en un éclair. Les cris et surtout les gesticulations qui ont ponctué le premier incident l' ont amplifié considérablement au point de déséquilibrer les deux gommiers et de précipiter leur dix-huit hommes à l' eau. Les voiles sont étendues sur la mer, les coques sont remplies et les marins essaient de se regrouper autour de leur bateau pour commencer le plus rapidement possible à le renflouer et reprendre la course. Durant les minutes qui ont suivi ce double naufrage la quinzaine d' autres gommiers qui suivaient de prés est arrivée. La plupart ont pris un peu de large pour virer en sécurité, mais deux canots qui tentaient de passer au milieu des hommes et des bateaux ont subi le même sort et sont venus ajouter leurs voiles, coques et hommes à la mêlée. Il en est résulté des cris supplémentaires et une confusion plus grande. Encore heureux que voiles et bateaux soient de couleurs différentes. On s' invective, on proteste fort courroucé, et de grands éclats de rires ponctuent la scène.

Il faut remettre le canot à flot. Or, si le gommier ne coule pas, il se remplit rapidement d'eau et flotte en surface. Son asséchage est toujours une opération pénible qu 'il faut mener rapidement. Redresser la voile, rétablir l' équilibre et enfin permettre à tous les marins de reprendre place à bord constituent ensuite autant d' opérations qui ne s' enchaînent pas de manière évidente. Tout peut être à recommencer alors qu' on croyait toucher au but. Et pendant ce temps, la course continue. Maintenant qu' une petite brise s'est levée par vent trois quarts arrière il faut faire attention de ne pas embarquer d' eau, ce qu' aucun gommier n' arrive à éviter. Il s' agit d' écoper au plus vite car toute quantité

d' eau embarquée alourdit le canot, le ralentit et l' expose à se remplir encore plus.

La bassine de plastique a remplacé le coui de naguère, mais le geste reste le même, la tête plongée dans le bois-creux, les marins puchent aussi vite qu' ils le peuvent tout en prenant garde de mesurer leurs gestes. L' équilibre reste le maître mot lorsque l' on tient à mener au plus vite son gommier. Aujourd'hui à Schoelcher, la course a été relativement calme, seul un des gommiers engagés a "coulé". Deux seulement ont dû avoir recours au canot remorqueur pour regagner la rive. Certains dimanches, tel celui de la fin juillet aux Anses d' Arlets, alors que la pluie tropicale tombait en rafales, ce sont tous les gommiers qui, au moins une fois, chavirèrent.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Primes substantielles, classement général au fil des compétitions récompensent les efforts des participants. Grâce à cette association bien structurée et à un règlement qui, sans écarter systématiquement les progrès de la technique, maintient la tradition ancestrale des gommiers, ce témoin du passé, ce canot creusé dans le tronc d' un arbre, vit aujourd'hui de fort belle manière.

Et puis, au-delà de la compétition, c' est toute la fête antillaise qui se prolonge, une fête marquée de rires, d' amitié, le tout agrémenté de "Ti punch", de boudins créoles et de ce blaff savoureux qu 'au moins un équipier de chaque gommier sait parfaitement préparer.

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Les Indiens Caraïbes se déplaçaient jadis d' une île à l' autre sur des pirogues taillées dans un arbre appelé gommier. Aujourd'hui équipées d' une voile ces embarcations disputent des compétitions dans le cadre des fêtes patronales.

Créé en 1981, le club des gommiers de Martinique à un rôle fédérateur dans l' organisation des manifestations aussi bien sportives que culturelles autour de cette embarcation vieille de plusieurs millénaires. Il a représenté notre île aux plus grands rassemblements de vieux gréements. Chaque année des traits d' union avec Ste Lucie et la Dominique permettent de resserrer les liens avec nos voisins.

Toutes les photos émaillant les "Dossiers" sont de Hello Caribbean,

Les gommiers,
vecteur de coopération régionale !

A l' occasion de la reprise du championnat, le Club des gommiers organisera la 2ème édition de la manifestation intitulée « Trait d' Union en Martinique », de vendredi à dimanche, entre Sainte-Luce où seront hébergées les délégations et Rivière-Pilote-Anse Figuier où se dérouleront les activités. Il s' agit d' un concept lancé l' an dernier et qui a pour objet de présenter en Martinique, les partenaires de la Dominique et de Sainte-Lucie avec lesquels sont réalisés les Traits d' union Nord et Sud....

Une cinquantaine de membres, toute délégation confondue est attendue dès vendredi pour un grand moment d' échange et de partage à l'instar de ce qui se fait lors des Traits d' Union d'octobre et de décembre.

 Martinique - Fabrication des "Gommiers" (bateaux de pêche)

Le Trait d' Union en Martinique, s' inscrit dans cette démarche de coopération régionale initiée par le Club des Gommiers depuis plus de 10 ans avec Sainte-Lucie, et reprise depuis trois ans avec la Dominique depuis le décès de Rosie Douglas.
La Caraïbe s' exprimera dans toute sa diversité puisque sont attendues, des élus de la Dominique, des représentants d' association oeuvrant pour un rapprochement entre les 3 îles, le récent vainqueur du concours de Steelband de Sainte-Lucie, les Silver Shadows, groupe de danse acrobatique et surtout des descendants amérindiens du Territoire Caraïbe, véritables pères de la pirogue monoxyle qui sert de base à la construction des gommiers.

La manifestation débutera avec l' accueil le vendredi soir des 2 délégations, avant une après-midi récréative prévue à l' Anse Figuier en début d' après-midi, où seront réalisés des baptêmes en gommier avec une animation musicale assurée par le groupe live du Club des Gommiers, Pacifik.

La clôture des activités nautiques laissera place à la partie culturelle. Le groupe de Haute Taille de Perriolat, ouvrira le bal, avant la présentation par les amérindiens de leurs danses et la clôture par le Pantime Steel Orchestra avec en intermède le show de danse acrobatique des Silver Shadows.
Ces mêmes artistes des silvers shadows, qui seront 8 cette année, seront également équipiers des gommiers qui effectueront la traversée du canal en décembre prochain, avec la ferme intention de constituer bientôt un équipage saint-lucien..
(source : Antilles Sports)

J' espère que ce dossier sur les gommiers vous aura intéressé autant que moi...

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